Harcèlement scolaire et cyberharcèlement : comprendre les impacts sur la santé mentale et accompagner son enfant

Comprendre les effets du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement sur la santé mentale, reconnaître les signes et savoir comment accompagner son enfant pour le protéger et l’aider à se reconstruire.

Élodie Accart – Thérapeute, EMDR, TCC, guidance parentale & analyses des pratiques professionnelles -Sarthe, Mayenne

8/28/20265 min read

Harcèlement scolaire : définition, les impacts sur la santé mentale et l'aggravation par le cyberharcèlement

1. Définition du harcèlement en milieu scolaire

Le harcèlement scolaire n’est jamais un simple conflit ponctuel. Il repose sur trois critères essentiels :

  • Répétition des attaques (insultes, humiliations, isolement),

  • Déséquilibre des forces (physique, psychologique, social ou numérique),

  • Intention de nuire, explicite ou banalisée sous couvert d’humour.

Ce trio expose l’élève à un stress chronique qui structure progressivement sa perception de lui-même et du monde .

Les formes de harcèlement sont multiples :

  • violences verbales (insultes, humiliations, rumeurs)

  • violences psychologiques (isolement, ignorance volontaire, menaces, racket)

  • violences physiques (coups, bousculades, dégradations des effets personnels, ...)

  • violences numériques (cyberharcèlement via réseaux sociaux, messageries, groupes de classe)

La répétition installe une peur anticipatoire : l’élève n’attend plus seulement les attaques, il les redoute en permanence.

Le harcèlement dès le primaire

Contrairement à une idée répandue, le harcèlement scolaire ne commence pas seulement au collège. Les premières situations apparaissent parfois dès le cycle 2, et les impacts sur la santé mentale peuvent être visibles très tôt.

Les données les plus récentes montrent que :

  • 3 % des élèves de CE2 à CM2 sont en situation avérée de harcèlement (DEPP, 2025) ;

  • 16 % des enfants de 6 à 11 ans sont des victimes probables de harcèlement (Enabee, Santé publique France, 2026) ;

  • près de 18 % présentent des signes de vulnérabilité émotionnelle : stress, isolement, troubles du sommeil, difficultés relationnelles.

À cet âge, les enfants ont encore du mal à mettre des mots sur ce qu’ils vivent. Le harcèlement se manifeste souvent par :

  • des plaintes somatiques (maux de ventre, fatigue, refus d’aller à l’école),

  • une baisse de confiance en soi,

  • un retrait social ou une peur de certains camarades,

  • des changements de comportement (opposition, irritabilité, pleurs fréquents).

Ces signaux doivent être pris au sérieux : plus le repérage est précoce, plus l’accompagnement est efficace. Intervenir dès le primaire permet d’éviter que la situation ne s’installe, ne s’aggrave au collège et n’impacte durablement la santé mentale de l’enfant.

2. Impacts immédiats sur la santé mentale des victimes

Les conséquences psychiques apparaissent dès les premières semaines de harcèlement.

Anxiété, stress et hypervigilance

Les victimes vivent dans un état de stress répété. Chaque mot, geste, message ou notification peut annoncer une nouvelle humiliation. Cela entraîne :

  • anxiété généralisée,

  • hypervigilance,

  • troubles somatiques (maux de ventre, migraines, ...).

Risque dépressif précoce

14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque dépressif significatif.

Chute de l’estime de soi

Les attaques répétées sur le physique, la voix, les origines ou l’identité construisent une image de soi dégradée. L’enfant ou l'adolescent finit par intégrer les jugements des agresseurs.

Idées suicidaires et automutilation

24 % des lycéens déclarent des pensées suicidaires,

13 % ont tenté de se suicider.

Les filles victimes sont particulièrement exposées (39 % rapportent pensées suicidaires ou automutilation).

3. Impacts immédiats sur la scolarité

Le stress chronique altère directement :

  • l’attention,

  • la mémoire,

  • la motivation.

On observe :

  • chute des résultats,

  • désengagement scolaire,

  • retrait en classe (peu de participation, peur de parler).

Dans les cas sévères, cela peut évoluer vers une phobie scolaire.

4. Le cyberharcèlement : un facteur aggravant du harcèlement scolaire

Avec les réseaux sociaux, l’élève reste exposé même chez lui, le soir, le week-end, pendant les vacances .

Ampleur du phénomène

18 % des enfants ont déjà été exposés au cyberharcèlement au moins une fois . Chez les lycéens, 25 % des filles se déclarent victimes de cyberviolences, dont 41 % sur les groupes de classe.

Pourquoi le cyberharcèlement aggrave la situation ?

Le cyberharcèlement possède des caractéristiques aggravantes :

  • omniprésence : les attaques suivent l’enfant, l'adolescent partout

  • viralité : une photo ou une rumeur peut être diffusée très rapidement

  • traçabilité : les contenus restent accessibles longtemps, ravivant le traumatisme

Il se développe une peur des notifications et une hyperconnexion contrainte, ce qui augmente la fatigue et perturbe le sommeil.

Cyberharcèlement comme déclencheur ou prolongement des violences en présentiel

Deux dynamiques fréquentes :

  1. Déclencheur : les attaques commencent en ligne avant d’apparaître dans l’établissement.

  2. Prolongement : les humiliations vécues en présentiel se poursuivent en ligne, amplifiées par le groupe.

Dans les deux cas, l’enfant, l'adolescent, perd tout espace de répit.

5. Ce qui peut se passer pour les victimes sur le plan mental

Lorsque le harcèlement et le cyberharcèlement s’installent dans le temps, les impacts psychiques deviennent plus complexes :

  • troubles anxieux intensifiés (phobie sociale, crises de panique, ...)

  • épisodes dépressifs (tristesse persistante, perte d’intérêt, fatigue intense)

  • troubles du sommeil (cauchemars, réveils nocturnes)

  • conduites d’évitement (retrait social, abandon d’activités)

  • comportements à risque (automutilation, consommation de substances)

Ces conséquences ne relèvent pas d’une fragilité personnelle : elles sont la trace d’une exposition prolongée à la violence psychologique.

Conclusion

Face au harcèlement scolaire avec ou sans cyberharcèlement, les parents ne doivent jamais rester seuls. La première étape consiste à informer l’établissement : les équipes éducatives ont besoin de connaître les faits pour pouvoir agir sur le climat scolaire, protéger l’élève et mettre en place des mesures adaptées. Signaler permet d’interrompre la dynamique de violence et d’éviter que la situation ne s’aggrave. Le 3020 est le numéro national de signalement du harcèlement scolaire, géré par le Ministère de l’Éducation nationale.

Lorsque les attaques se poursuivent en ligne, il est également possible — et recommandé — de déposer plainte. La justice peut intervenir pour faire cesser le cyberharcèlement, notamment lorsque des contenus humiliants circulent ou que des menaces sont envoyées.

Enfin, il est essentiel que la famille soit accompagnée.

Comprendre ce qui a pu déclencher la situation, soutenir l’enfant, l'adolescent dans ses émotions, restaurer son estime de soi et l’aider à se reconstruire sont des étapes fondamentales. Un travail thérapeutique (EMDR, stabilisation émotionnelle...) et un soutien parental permettent de réduire l’impact psychique, de renforcer la sécurité interne et de rétablir un équilibre familial.

Le harcèlement laisse des traces, mais il n’est jamais une fatalité : avec un repérage précoce, une action coordonnée et un accompagnement adapté, les enfants et adolescents peuvent retrouver confiance, sécurité et sérénité.

Références bibliograhiques :

– Debarbieux, É. (2011). Violences et harcèlement en milieu scolaire : comprendre pour agir. Paris : Odile Jacob.

- Debarbieux, É. (2012). Rapport sur le climat scolaire et la prévention de la violence. Ministère de l’Éducation nationale.

- DEPP (2025). Le harcèlement scolaire en primaire : résultats de la grille d’auto‑évaluation CE2–CM2. Note d’information n°25‑43, Ministère de l’Éducation nationale.

– CNIL. Jeunes et réseaux sociaux : risques et protections.

– e‑Enfance / 3018. (2025) Rapport annuel sur le cyberharcèlement.

- Ministère de l’Éducation nationale (France). Non au harcèlement.

- OMS (2023). Adolescent mental health and violence exposure.

- Santé publique France (2026). Enquête Enabee : santé mentale et violences chez les enfants de 6 à 11 ans.

– UNICEF (2022). Cyberviolences et bien‑être des jeunes.

– UNESCO (2021). School Violence and Bullying Global Report.

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